Médicaments Génériques: “Copies Non Conformes”


Le Dr Sauveur Boukris publie Médicaments génériques. La grande arnaque (Ed. du Moment). Il s’y insurge contre ce qu’il considère comme un véritable scandale sanitaire. 

En France, le développement des génériques a modifié le paysage médical : la relation médecin-pharmacien s’est distendue, le lien pharmacien-malade a changé, la recherche médicale des firmes pharmaceutiques et l’innovation ont été mises au pas. (…) Disons-le d’emblée : les médicaments génériques, c’est d’abord et surtout une histoire d’argent avant d’être une histoire de santé. (…)

En plus de dix ans, les génériques sont entrés dans les moeurs. Tout est fait pour contraindre les médecins à les prescrire et les pharmaciens à les délivrer. On est passé de la pédagogie aux sanctions. Plus de huit médicaments sur dix pour lesquels il existe une version générique font l’objet d’une substitution. Le marché des génériques a plus que triplé en une décennie et, actuellement, une boîte de médicaments sur quatre vendue en France est un générique.

La différence entre générique et médicament original

Ceux qui affirment que les médicaments génériques sont rigoureusement identiques aux médicaments princeps ne connaissent pas le dossier : non seulement ils sont différents des molécules de référence, mais il existe aussi des variantes entre génériques. Résultat : des conséquences cliniques pour les malades, et c’est bien ce qui est alarmant. [Par ailleurs,] il existe une controverse sur la bioéquivalence d’un médicament générique, c’est-à-dire la quantité relative du produit absorbée dans l’organisme par rapport à la quantité administrée (…). [Il faut aussi ajouter qu’] en France, l’ANSM (Agence nationale de sécurité des médicaments et des produits de santé) peut exonérer un générique des études de bioéquivalence s’il remplit au moins l’une de ces deux conditions: soit il correspond à une simple duplication de la spécialité de référence, avec des techniques, un lieu de production et une origine du principe actif identiques à ceux du princeps; soit la biodisponibilité du générique est identique à celle du princeps.

L’origine suspecte des génériques

Les ingrédients de base entrant dans la composition du principe actif sont fabriqués en Chine, en Inde ou au Brésil, pour 80 % d’entre eux. Sur les 20 % restants, 30 à 40 % proviennent de France, le reste, des autres pays européens. Cette situation hétérogène a poussé l’Académie nationale de pharmacie et les industriels des matières premières des médicaments à organiser, le 20 avril 2011, une grande réunion (…). Le constat qui y a été établi est sans appel : “A bas bruit, au cours de ces vingt dernières années, les conditions de fabrication des médicaments consommés en France et en Europe ont considérablement évolué, ouvrant la porte à de nouvelles problématiques génératrices de risques pour la santé des populations. D’une fabrication quasi locale (…), nous sommes passés à une dispersion planétaire et à une dissémination des chaînes de production et de distribution (…). Avec deux risques pour la santé publique : d’une part, la sécurité de la fourniture des principes actifs ne peut plus être assurée – la Chine concentre de 40 à 50 % de la production des principes actifs génériques du marché européen ; d’autre part, la qualité des produits peut être potentiellement affectée et plus difficile à assurer.”

L’économie avant la santé

A mon sens, la promotion des médicaments génériques est, à plus d’un titre, une véritable tromperie intellectuelle et scientifique : affirmer que les génériques sont des copies conformes, c’est leurrer les malades – et les médecins -, et faire des pharmaciens des complices de cette fable (…).

La duperie économique tient au fait que l’argument du prix est un non-sens et un faux problème. Non seulement en France le tarif n’est pas libre, il est fixé par un organisme public, mais l’existence d’un TFR (tarif forfaitaire de responsabilité) rend caduque l’existence des génériques. Pourquoi prendre des risques sanitaires quand la copie est aussi chère que le princeps (…)?

Enfin, la carotte est pour les malades, dans la mesure où les génériques répondent d’abord à un impératif économique qui passe avant leur intérêt (…). Je crois que l’on peut parler d’arnaque morale (…).

La propagande d’Etat répétée à longueur de journée, et relayée par certains médecins hospitaliers, se développe au détriment des patients (…). Le “tout-générique” illustre la suprématie de l’économie sur la santé. Faut-il attendre un incident grave pour prendre conscience de cette erreur ? A partir de combien de décès reconnus va-t-on en finir avec cette politique?

Marketing et matraquage publicitaire

Depuis plus de dix ans, l’Assurance-maladie lance des campagnes de “pub”. En 2000, elle annonçait: “Médicaments génériques ? Il n’y a que la couleur qui change (…).”

Année après année, encore aujourd’hui, la propagande en faveur du générique s’est développée et chaque caisse régionale d’assurance-maladie a organisé sa campagne (…). Les départements font leur promotion et chacun y va de son slogan (…). En juin 2010, les caisses d’assurance-maladie du Val-d’Oise avaient publié une plaquette intitulée “Trucs et astuces pour mieux substituer”. On y donnait des conseils pour que le pharmacien et son équipe adoptent la bonne attitude. Par exemple, on pouvait lire qu’il fallait “préférer la phrase “Je vous délivre” [à] “Est-ce que je peux vous donner ?” Sur la plaquette, on précisait : “L’emploi du mode affirmatif permet d’éviter très souvent le refus de l’assuré (contrairement au mode interrogatif). (…) L’incitation de l’assuré à accepter tout d’abord un générique de la prescription pourra permettre ensuite progressivement de substituer la totalité de l’ordonnance.”

Ce que les patients doivent savoir

Puisque les génériques sont à présent dans toutes les officines et qu’ils font partie de notre quotidien, il me semble être de mon devoir de donner quelques conseils utiles aux patients:

1. Vous pouvez refuser les génériques. Ils ne sont pas obligatoires. Ne vous laissez pas berner par les discours de certains pharmaciens qui proclament que vous ne serez pas remboursés (…)!

2. Préférez les génériques sans excipients à effet notoire, surtout si vous êtes allergiques ou avez un terrain allergique.

3. Privilégiez les autogénériques, qui ne sont en réalité que des princeps à un prix plus bas ; ils sont fabriqués dans les mêmes conditions, par les mêmes laboratoires et sont, par conséquent, plus fiables.

4. Si un générique vous convient, restez-lui fidèle. Il n’est pas bon de changer. Réclamez toujours la même marque !

5. Acceptez à la rigueur des génériques pour des traitements de courte durée – moins d’une semaine.

6. En cas de maladie chronique et de traitement long, de plusieurs années, voire à vie, il est souhaitable de garder le nom de marque et d’exiger de votre médecin la mention “non substituable (…)”.

7. Si vous avez une mémoire défaillante, il vaut mieux garder la même marque, son nom est plus facile à retenir.

Médicaments génériques. La grande arnaque, Ed. du Moment, 224 p., 18,50 euros. Parution le 10 avril.


Source: http://www.lexpress.fr/actualite/societe/sante/medicaments-generiques-copies-non-conformes_1237007.html#oUw1OcLOq76ayGRk.99

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Anne-Laure Tessonneau travaille sur l'hygiène vitale, l'éducation alternative, la psychologie et les entretiens naturopathiques depuis plus de 10 ans. Après avoir vécu et appris dans différents pays, en Asie, en Europe ainsi qu'aux Caraïbes, Anne-Laure vous fait partager son engouement pour une vie plus saine et sereine. Basée sur Paris, elle consulte en cabinet, à domicile et en ligne. Fondatrice du blog lasanteetlesplantes.com, elle est également auteure de différents articles publiés sur des sites de santé comme Greenweez (Weezlife), ainsi que d'un livre sur les soins naturels de l'enfant.

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